« Patience, patience, patience de l’azur, chaque atome de silence est la chance d’un fruit mûr. » Paul Valery
« Si le parcours scolaire est devenu plus compétitif qu’il ne l’était naguère et si, en conséquence, tous les élèves sont objectivement pris dans cette compétition, ils n’y sont pas pour autant tous « pris » subjectivement. Les familles, y compris dans les milieux populaires sont conscientes des enjeux scolaires en termes d’insertion sociale et professionnelle ; mais la conscience de la compétition, des moments où elle se joue, la connaissance de la manière d’y jouer et les ressources pour y participer activement sont, on le sait, inégalement partagées. » Rapport établi à la demande du haut conseil de l’évaluation de l’école, par Dominique Glasmann, professeur à l’université de Savoie « Le travail des élèves pour l’école en dehors de l’école » (2004).
Étant moi-même enseignante et formatrice, j’ai souvent utilisé, à l’instar de beaucoup de mes collègues, ma boîte à outils pour accompagner mes enfants et je fais sans doute partie, à ce titre, des « initiés ». Tout au long de mon parcours de maman j’ai rencontré nombre de parents qui se disaient démunis face à certains obstacles qui pourtant, à mon sens, auraient pris moins d’importance s’ils avaient pu être éclairés d’un point de vue pédagogique. Il m’a semblé intéressant depuis quelques années de partager ces ressources avec les parents que je rencontrais dans le milieu associatif et qui me semblaient montrer un réel intérêt pour la scolarité de leurs enfants.
Les apports théoriques des chercheurs ou les recettes pratiques d’enseignants ont le mérite de donner des grilles de lecture claires et de favoriser ainsi une mise à distance qui est souvent utile lorsque l’émotion et le sentiment d’impuissance gagnent du terrain. Je précise qu’à mon sens l’intervention - ou la médiation - parentale n’est pas nécessaire lorsque tout va bien , et que le chemin de l’autonomie reste le plus sûr pour nos enfants. Savoir intervenir si besoin était ne justifierait pas l’intrusion permanente dont l’effet contre-productif ne tarderait pas à se faire sentir. La bonne distance vis-à-vis du travail scolaire de son enfant est difficile à trouver, d’autant plus que chacun va aborder cette question avec son histoire, son vécu par rapport à l’école, ses vérités, ses peurs…
De notre point de vue de pédagogue nous constatons que la place des devoirs à la maison a changé, ce que le marché de plus en plus prospère du cours particulier et des produits éducatifs a bien compris. Mais c’est souvent l’aide directe à l’élève qui est visée, il y a peu, à ma connaissance, d’aide méthodologique proposée aux parents… pourtant, elle serait vraiment utile car les recherches en éducation semblent conclure que les élèves qui ont la possibilité de partager leur expérience scolaire avec leurs parents ont un parcours scolaire plus facile. Il ne nous est pas possible d’ouvrir ici l’éventail des outils que nous utilisons en accompagnement de parents, nous vous donnerons simplement quelques exemples des grilles de référence que nous pouvons utiliser pour faciliter la compréhension des situations que nous pouvons rencontrer.
Tout d’abord, en ce qui nous concerne, en tant que parents accompagnateurs, nous sommes tous différents, dans nos styles, nos croyances, nos représentations.
Caille (1993) établit une typologie intéressante des différentes formes de l’engagement parental :
Les absents : ils n’apportent pas d’aide aux devoirs et ne proposent pas de cours particulier à leur enfant.
Les effacés : ils proposent une aide irrégulière et ne participent pas aux autres domaines liés à la scolarité
Les appliqués : leur soutien est relativement intense puisque la vérification des devoirs et les échanges sur la scolarité sont quotidiens
Les mobilisés : ils accordent du temps pour l’aide au travail scolaire, ainsi que pour les relations avec les enseignants ; ils cherchent à créer un environnement familial favorable à la scolarité.
Les attentifs interviennent rarement directement pour les devoirs auprès de leurs enfants mais montrent un intérêt certain pour le suivi de leur scolarité
Notre participation n’est pas toujours de nature facilitatrice pour l’apprentissage : par exemple un parent qui fait les devoirs à la place de son enfant ne l’aide pas de la même façon que celui qui le pousse à réfléchir. Poser cette grille permet déjà de se situer et de comprendre sa façon d’agir face au travail scolaire de l’enfant, et je suis certaine qu’à la lecture de cette catégorisation, vous aurez commencé à prendre de la distance ( toujours nécessaire) en vous mettant en position « méta » « au-delà, à côté » de vous-mêmes, et donc à un niveau d’abstraction supérieur et bien utile.
Tous les devoirs ne sont pas de même nature, et l’accompagnement doit s’adapter à l’exigence de l’exercice.
La classification la plus courante de la typologie des exercices (Lee et Pruitt) distingue quatre types de devoirs de prolongement à la maison :
Les devoirs de pratique qui consistent à mettre en pratique ce qui a été appris en classe. Nous trouverons ici les leçons et les exercices d’application.
Les devoirs de préparation qui permettent, par le biais de recherches, de se préparer aux séances qui suivent.
Les devoirs de poursuite qui permettent de transférer les connaissances, c’est-à-dire de les utiliser dans d’autres contextes ou modèles.
Les devoirs de créativité qui demandent à l’élève une implication plus personnelle en mettant en avant des qualités plus créatives.
L’accompagnement ne sera pas le même pour chacun de ces types d’exercices et interviendra à des moments différents. Il est évident que les deux derniers favorisent davantage la réflexion, l’autonomie et la créativité et ne peuvent être abordés comme les premiers.
Enfin, nos enfants ne s’impliquent pas de la même façon dans leur travail scolaire. Yves Lecocq propose un tableau qui peut aider notre enfant à prendre conscience de son fonctionnement, des points à améliorer d’un point de vue quantitatif, qualitatif et cognitif dans son « métier d’élève ». Il peut également aider les parents à mieux comprendre les différents paliers de l’organisation du travail personnel de leur enfant Les quatre degrés d’implication de l’élève
Différents degrés d’implication :
Quantité de travail
Qualité générale du travail
Interrogations sur les attentes du professeur
Interrogation sur sa manière d’apprendre/de travailler
1er degré : implication minimale Le travail personnel est « bâclé » ou fait à reculons, souvent au dernier moment La quantité de travail fournie est souvent insuffisante Qualité générale du travail : Très insuffisante car l’esprit de l’élève n’est pas assez tourné vers le travail (préoccupations, sources de distraction) et car son efficacité est compromise par le manque de rangement ou par une notation approximative des consignes Interrogations sur les attentes du professeur : aucune Interrogation sur sa manière d’apprendre/de travailler : aucune
2ème degré d’implication scolaire Le travail personnel est fait avec application, mais de manière routinière et souvent inadaptée Quantité de travail : Souvent insuffisante, voire trop importante Qualité générale du travail : Insuffisante, car même si l’esprit de l’élève est tourné vers le travail et si ses affaires sont correctement rangées, il reste prisonnier d’habitudes prises lors des années de collège voire encore plus tôt Interrogations sur les attentes du professeur : Très peu. L’élève peut néanmoins chercher, dans le travail demandé, ce qui est identique aux travaux personnels précédents. Mais il aura souvent tendance à minimiser ce qui est différent (ce qui pourrait le mener à changer sa façon de travailler) Interrogation sur sa manière d’apprendre/de travailler : Très peu, voire aucune. L’élève peut toutefois commencer à s’interroger sur les moments de la journée et l’environnement qui sont pour lui les plus favorables pour se concentrer sur son travail
3ème degré : Implication personnelle Le travail personnel est souvent fait avec une certaine efficacité, mais aussi parfois des faux-pas Quantité de travail : Généralement adaptée, car elle est globalement évaluée à l’avance Qualité générale du travail : Assez bonne, mais reste inégale, car si l’élève est dans l’ensemble concentré sur son travail et se pose certaines questions sur comment bien faire, cette démarche reste encore très inaboutie Interrogations sur les attentes du professeur : L’élève se pose ici des questions sur les attentes des professeurs (quelles questions lors du prochain contrôle ? Quelles exigences ? etc.) mais les réponses qu’il apporte ne sont pas toujours pertinentes Interrogation sur sa manière d’apprendre/de travailler : L’élève s’interroge davantage sur sa manière d’apprendre et de travailler. Au-delà du moment et de l’environnement, il commence à se questionner sur les stratégies mentales qui vont être pour lui les plus efficaces pour mener un travail personnel
4ème degré : Implication exigeante
La quantité de travail et sa répartition sont bien adaptées, car évaluées et planifiées à l’avance
Qualité générale du travail : Le travail fourni est d’excellente qualité, car l’élève parvient à se concentrer au mieux sur son travail et se pose toutes les questions nécessaires pour réussir
Interrogations sur les attentes du professeur : L’élève se pose ici des questions sur les attentes des professeurs et parvient à leur apporter des réponses pertinentes en s’appuyant sur différents indices Interrogation sur sa manière d’apprendre/de travailler : L’élève s’interroge ici de manière approfondie sur sa façon d’apprendre et de travailler :
Sur le moment et l’environnement qui lui sont le plus favorables :
Sur les stratégies mentales qui vont lui permettre de réussir.
Sur la manière dont il peut faire exister dans sa tête les connaissances
Sur les projets mentaux qui donnent habituellement du sens à ce qu’il fait
Vous pourrez retrouver ce tableau sur le site des cahiers pédagogiques :
http://www.cahiers-pedagogiques.com…
Enfin nous nous intéressons personnellement de près au quatrième critère « Interrogation sur sa manière d’apprendre/de travailler » pour lequel la métacognition « penser sur ses propres pensées » a été particulièrement productive ces trente dernières années. C’est probablement en contexte de remédiation ce qui enrichit le plus notre proposition pédagogique. Comprendre ses propres procédures mentales ou celles de nos enfants améliorent sensiblement la qualité de communication, et l’accompagnement que nous pouvons proposer.
Nous avons conscience que cette présentation est sommaire et ne donne qu’une vague idée de ce qu’elle cherche à démontrer, à savoir que l’éclairage pédagogique peut-être enrichissant pour les parents ; mais il semble difficile de concentrer des heures de formations en si peu de lignes…
Nous vous proposons pour terminer quelques conseils dont nous avons testé l’efficacité, et qui nous l’espérons sauront vous alléger le « cinq à sept » à la maison :
1- Observer son enfant dans ce qu’il sait faire, ce qu’il réussit bien. Cela va nous donner des pistes sur son fonctionnement . 2- Faire attention au discours (notamment aux jugements de valeurs…). 3- Faire pratiquer la reformulation (excellent exercice de verbalisation et de vérification) . 4- Fractionner le travail par étapes . 5- Encourager la vraie autoévaluation et s’abstenir de juger. 6- Discerner ce qu’il doit apprendre par cœur et ce qu’il suffit de comprendre. 7- L’aider à discerner le travail inutile (faire trop de fiches, recopier, qui donne souvent le sentiment de travailler mais qui ne sert pas forcément) . 8- Lorsqu’il y a un succès, analyser ensemble la procédure mise en place (attention aux encouragements trop forts qui peuvent induire une erreur d’appréciation) . 9- Ne pas négliger la mémorisation (pour résoudre des problèmes, non pour accumuler des solutions toutes faites) 10- S’intéresser dans un premier temps davantage à la méthodologie qu’au résultat . 11- Donner des conseils d’écoute en cours. 12- Comprendre les émotions (les siennes et les nôtres) . 13- Essayer de passer par sa créativité . « C’est en croyant aux roses qu’on les fait éclore. » Anatole France …
Pour aller plus loin :
Sur la difficulté scolaire :
Olivier Revol : Même pas grave. Collection « J’ai lu »
Sur la métacognition
http://metacognition.com.ifrance.co…
Antoine de la Garanderie :
Critique de la raison pédagogique. (Paris, Nathan, 1997) Phénoménologie des actes de la connaissance. Exposés théoriques et conseils pratiques.
Apprendre sans peur. ( Lyon, Chronique sociale, 1999) Des convictions, des outils forgés au fil des expériences.
Les grands projets de nos petits. (éditions Bayard, 2001) Démarche féconde et originale pour accompagner l’enfant dans ses premiers apprentissages et lui donner confiance en lui même.
Sur les devoirs à la maison et l’accompagnement scolaire
Compilation Cahiers pédagogiques devoirs à la maison http://www.cahiers-pedagogiques.com…
Bibliographie et sitographie sur l’accompagnement scolaire http://www.cahiers-pedagogiques.com… Sur l’actualité pédagogique et éducative : Le site de Philippe Meirieu :http://www.meirieu.com/ La chaîne de télévision éducative rhodanienne : http://www.capcanal.com/capcanal/
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